ENTREVUE

LA DISCUSSION (dé)FRAGMENTEE /Mai 2021



« 

Je ne réponds généralement à aucune question, mais ok.


Artiste audiovisuel, graphiste, compositeur de musique electronique, sculpteur de vortex et tailleur de pierre. Entre autres.

En ce moment je passe mon temps à remixer des idées comme je manipule les images.

J’ai toujours gravité dans les milieux artistiques, balancé entre l’art contemporain, la culture underground et la scène électro. J’ai longtemps vadrouillé en Europe pour des soirées et des festivals techno.
Je me suis nourri des nombreuses vies que j’ai déjà pu vivre et aujourd’hui, mes démarches artistiques ne sont qu’une réminiscence de tout ce que j’ai pu assimiler comme culture/nourriture.
Mon père est peintre, et je pense qu’il a eu une certaine influence picturale sur moi, car parfois je retrouve des sensations d’enfants quand j’examine mes réalisations.


J’ai toujours décliné mes projets sous une multitude d’identités (fractales)


Quand je me plonge dans mon travail, le temps s’arrête, et je peux passer plusieurs semaines sans sortir de ma bulle.
Je peux ainsi me rapprocher de ma nature primitive, sans interrompre cet état inerte de libération cognitive.


Pour moi, faire de l’art, ce n’est pas faire la chose, c’est faire de l’art qui devient le véritable but de ce pour quoi on fait de l’art, et non le résultat. le résultat ne sert qu’à rendre intelligible la raison de ce processus.
C’est ce qui m’intéresse de comprendre, ce dédoublement d’action, dans la façon dont nous nous regardons.


Pour faire mes trucs j’utilise des outilsintelligents, mais moins que moi j’espère.

je fais en fonction de nouvelles connaissances, ou de trouvailles de dernière minute.
Les idées n’ont pas de valeurs en elles-mêmes si nous n’en faisons rien. Le problème est que la réflexion est beaucoup plus rapide que les lois de la physique terrestre, vous devez donc piloter des idées et essayer d’organiser le plus grand hold-up d’idée folles en temps reel.


Je travaille de manière simultanée sur plusieurs choses différentes en général.
Cela peut parfois avoir tendance à être contre-productif mais je trouve toujours de meilleures idées en mélangeant les processus.

Quand je me plonge dans mon travail, il y a une inter-opérativité intrinsèque qui est, je pense, le processus lui-même. Ce que je m’efforce de rechercher, c’est la maîtrise de la compréhension des choses et non ce qu’elles pourraient être réellement.

Cela nous échappe inévitablement, car c’est cela même qui nous pousse à les faire. Une sorte d’instinct.

Le libre-arbitre, c’est là que le facteur humain devient important.
Je dois souvent changer de pseudo pour échapper à mes propres dogmes.
L’idée de pouvoir repartir de zéro de manière illimitée est peut être une forme de comprendre l’éternité, La boucles, les récursions sont appréciées par notre cerveau qui cherche constamment des motifs partout. Ceux qui lui permettent de se forger une réprésentation géométrique, logique et séquentielle du monde.

Comment tenter de corrompre ses propres biais cognitifs, puisque c’est la machine elle-même qui pense.

J’aime le vertige de la mise-en-abyme, son côté fractal a quelque chose de très biologique, naturel.
Je suis fasciné par les notions d’échelles, notamment au niveau astrophysique. Je trouve la vertigineuse simultanéité du monde fascinante.

Je suis souvent confus quand je vois un artiste accomplir son travail de manière planifiée, méthodique et ordonnée, gérant sa production d’œuvres et sa carrière comme une entreprise.
C’est beaucoup trop rationnel pour moi.

Je pense qu’il doit y avoir un moment où nous devons nous fier à notre propre choix d’identité et sortir du format.

Je cherche à déterminer ce qui me stimule vraiment, en dehors de cette recherche de maîtrise esthétique dans laquelle je finis parfois par me perdre. Je comprends souvent trop tard que le but recherché aura été une série de prophéties auto-réalisatrices/destructrices et J’essaie donc de transformer cette frustration en plaisir. »

J’aime être à mi-chemin entre l’abstrait et l’évident.
Il y a toujours un équilibre délicat entre ce qui est représenté et ce que l’observateur veut voir.

J’aime voir le temps transformer les choses, souvent elles se dégradent de façon lente et immuable. Ce que je recherche quand je crée, ce n’est pas ce sentiment de maîtrise des choses, c’est d’avoir cette sorte d’effet inverse sur elles justement.
J’aime être au cœur de ce moment où l’entropie m’observe d’un air perplexe.
Mais elle sait très bien que je finirai par douter.

J’essaie d’absoudre toute symbolique de mes compositions, afin de déconditionner mon regard, car je n’aime pas me référer au sens commun.

Pour moi, la pleine conscience des choses ne peut pas aller sans douleur.
J’ai donc besoin d’énormes ressources psychiques pour effectuer certaines tâches, car elles sont intimement liées à l’action globale. Je crois que c’est une voie que j’assume aujourd’hui, car je l’ai comprise et intégrée dans mon processus de création : chaque plus petit élément contient toutes les informations de l’ensemble. C’est ce qui fait, je crois, que tout semble coordonné autour de nous,
Je me questionne sur la nature de la séparation entre le corps et la conscience. Ou si l’un d’entre eux serait une illusion.


j’aime l’impression d’une chose insaisissable, voire inexplicable. Ce dont je me rend compte depuis peu, c’est que j’aime sentir, par dessus tout, le feu des choses. Celui qui brûle en dessous…

Pour moi, un artiste libre doit pouvoir échapper aux diktats.
Pourtant il n’est jamais facile de ne pas tomber dans le cliché esthétique.


Pour comprendre ce que nous voyons, nous devons nous comprendre nous-même, notre regard sur le monde en dépend.
Mais la première question est :
Parlons-nous de la même chose ?

Dans mon travail, j’essaye de reconnecter le regard primitif aux choses. au fondement de ce qui est.
J’essaie d’unir les multiples fragmentations de cette globalité simultanée, qu’elles soient sociales et culturelles, mais aussi purement biologiques et physiques.


En créant, j’offre la liberté, celle du temps des rêves.
Il faut consommer ce temps, poétique et inspirant.
C’est une façon d’avoir un impact sur le monde, d’y répondre.

Le piège pour moi est toujours de devenir esclave de ce que je fais en terme de créativité.
Je suis torturé par le fait que je doive limiter mes idées à ce qui est techniquement faisable, que ce soit au niveau des ressources physiques ou du degré d’utilisation des outils.
Le véritable but final de l’impulsion de départ n’est jamais bien défini.
L’intention première me révèle souvent une motivation plus profonde et plus complexe qui éveille ma curiosité, et m’incite à m’engager.


Je pense que montrer les choses ne suffit pas, il faut les penser pour qu’elles existent.
La priorisation hiérarchiques de nos choix détermine nécessairement les sacrifices de toutes les autres possibilités, et par respect pour l’idée, j’essaie de lui laisser toujours un espace d’expansion, une amplitude.
Faire des choses nous pousse aussi à nos limites, et elles sont parfois difficiles à accepter.
Nous sommes finalement que des animaux dénaturés.


Finalement, de quelle machine sommes-nous dans les rouages ?
Et si la fonction crée l’organe, mais alors de quelle fonction sommes-nous l’organe?

L’ADN est cryptologique par essence, et nous ne sommes que de l’ADN, alors nous ne sommes que du CRYPTOART ! (rires)